L’affaire Parmalat - Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires

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L’affaire Parmalat

lundi 23 mai 2011 Mis à jour le 23 mai 2011

Nous illustrerons l’utilisation des montages offshore et l’importance des fraudes qu’ils ont permises avec l’exemple de la société Parmalat.

Parmalat est au départ une entreprise familiale centrée sur la commercialisation du lait UHT longue conservation. Démarrée modestement à Parme en 1961 par Calisto Tanzi, elle a connu un développement tel qu’elle est devenue en 2002 le septième groupe privé italien employant 37 000 salariés dans plus de trente pays, avec un chiffre d’affaires de 7,6 milliards d’euros. Mais, fin décembre 2003, elle connait une banqueroute retentissante, avec un trou de 14 milliards d’euros. On découvre, à la surprise générale, que la comptabilité était truquée. Le montant réel des dettes de la société est de 14 milliards d’euros alors que sa comptabilité n’en présente que 5,4 milliards. On découvre aussi une utilisation intense des paradis fiscaux, rendant possible tous les abus et tous les maquillages.

Comme le signale Ignacio Ramonet dans un article du Monde Diplomatique de février 2004, l’endettement de Parmalat « a été sciemment dissimulé, depuis des années, au moyen d’un système frauduleux à base de malversations comptables, de faux bilans, de documents truqués, de bénéfices fictifs et de pyramides complexes de sociétés offshore emboîtées les unes dans les autres de manière à rendre impossible la traçabilité de l’argent et l’analyse des comptes. »

A partir de 1974 Parmalat a commencé à se diversifier (dans les jus de fruit, les sauces préparées, les biscuits) rachetant pas moins de 140 entreprises. Mais sa gestion n’est pas saine. Lorque les premiers déficits apparaissent, les dirigeants de la société se lancent dans une fuite en avant de rachats, de dettes, de dissimulations et de faux en écritures. La famille Tanzi, propriétaire de la société, connaît des difficultés en 1988 et 1989, au point d’envisager de revendre la société au groupe américain Kraft. Mais elle y renonce au profit d’une autre fuite en avant : l’introduction en bourse à Milan en 1990. Les manipulations et les dissimulations sont telles que l’action Parmalat y est considérée comme une valeur sûre.

Après l’introduction en bourse, commence un empilement à grande échelle de « sociétés offshore  », empilement destiné à organiser un système à forte opacité dissimulant les fragilités financières croissantes du groupe et les abus de biens sociaux de ses dirigeants. 137 filiales offshore et une vingtaine de filiales financières sont domiciliées aux îles Caïman, à Malte, au Luxembourg, aux Antilles Néerlandaises, à l’île de Man, dans les îles Vierges britanniques, la plupart de ces sociétés-écrans ayant été créées avec des prête-noms.

Les dirigeants misent sur l’endettement pour renflouer l’entreprise. Ils fabriquent des fausses factures, comptent deux fois les mêmes ventes, surévaluent des contrats pour gonfler les revenus et avoir accès aux crédits. Ils empruntent continuellement de l’argent par des émissions d’obligations, argent qu’ils virent, dans une opacité totale, sur des comptes offshore. Ils créent des fonds fictifs dans les paradis fiscaux, déclarent des actifs inexistants, actifs bien évidemment domiciliés dans les paradis fiscaux. Ils réussissent même l’exploit de convaincre de grandes banques - les américaines Citigroup, Morgan Stanley et Bank of America, la suisse UBS et l’allemande Deutsche Bank - de les aider pour lever des fonds. Les cabinets renommés Deloitte & Touche et Grant Thornton - devenue depuis Italaudit - certifient les comptes. Tout cela en échange de rémunérations substantielles.

La manipulation des prix de transfert est pratiquée de façon massive, avec des ventes à des filiales offshore destinées à justifier des revenus inexistants. Certaines dettes sont effacées des livres comptables et transférées à des filiales offshore non officialisées et non déclarées.

En 1999, une filiale financière, Bonlat Financing Corporation, est créée aux îles Caïman. Les dirigeants de Parmalat affirment qu’elle détient 8 milliards de dollars d’actifs (préalablement transférées de trois sociétés coquilles, à savoir des sociétés boîtes aux lettres sans activité réelle). Ils affirment aussi qu’elle détient les recettes d’une fausse vente de 300 000 tonnes de lait en poudre à un importateur cubain.

Le château de cartes s’écroule quand, sur une dernière affirmation de possession d’un compte doté de 3,95 milliards d’euros à la Banque of America aux îles Caïman, cette dernière déclare en décembre 2003 que le document exhibé par Parmalat est... un faux, « un document à en-tête approximatif, grossièrement falsifié au scanner ! » L’action de Parmalat s’effondre. En quelques jours elle ne vaut plus rien. Les épargnants sont floués.

135 000 épargnants italiens voient leurs épargnes englouties dans la banqueroute ! C’est grâce à l’opacité des montages dans les paradis fiscaux qu’un tel scandale a été rendu possible.

Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires

Née en 2005, la Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires réunit 19 organisations de la société civile française engagées dans la lutte contre les paradis fiscaux, la fraude et l’évasion fiscales telles que des syndicats, des ONG de développement, des associations de lutte contre la corruption, des mouvements citoyens...

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